Fin octobre, sur le sentier qui monte du Pico do Areeiro vers le Pico Ruivo, il y a de la place. Les mêmes marches, les mêmes tunnels taillés dans la roche, la même arête au-dessus des nuages, mais quatre randonneurs par kilomètre au lieu de quarante. La lumière est plus basse, l’air plus doux, et le sommet se dégage en général en milieu de matinée.
À deux heures de vol de là, aux Açores, la saison bascule dans l’autre sens. Les bateaux d’observation sortent moins souvent, les cratères se remplissent de brume, et l’eau reste pourtant à une température que la Bretagne ne connaît jamais. Les deux archipels appartiennent au même pays et n’ont presque rien en commun.
Ce qui suit décrit ce que l’on trouve réellement sur chacun des deux en octobre et en novembre : le temps qu’il fait, ce qui reste praticable, ce qui ferme, quel hébergement fonctionne à cette période et quelles liaisons aériennes surveiller avant de bloquer des dates.
Ce que le passage d’octobre change
- Températures : douceur constante à Madère, de l’ordre de vingt à vingt-trois degrés en journée sur la côte sud ; deux à trois degrés de moins aux Açores, avec plus de vent.
- Pluie : elle augmente sur les deux archipels à partir de la mi-octobre, par averses courtes plutôt que par journées entières.
- Mer : encore tiède partout, autour de vingt-deux degrés à Madère et un peu moins aux Açores, avec une houle plus formée.
- Fréquentation : nettement en baisse après la première semaine d’octobre, sauf sur les ponts et la période de fin d’année.
- Le point à surveiller : les liaisons aériennes, qui se raréfient hors saison et rendent chaque annulation plus coûteuse en temps.
- La date charnière : la mi-novembre, à partir de laquelle une partie des activités nautiques açoriennes devient aléatoire.
Deux archipels, deux climats, mille kilomètres d’écart
La confusion la plus fréquente consiste à traiter Madère et les Açores comme un même ensemble. Ils sont séparés par une distance considérable, à peu près celle qui sépare Paris de Rome, et ils n’occupent pas la même position dans l’Atlantique.
Madère est proche de la côte africaine, sous influence subtropicale, avec un relief qui coupe l’île en deux : un versant sud sec et ensoleillé, un versant nord humide et vert. Cette asymétrie est la clé du séjour. Quand il pleut à Santana, il fait souvent grand soleil à Funchal, à quarante minutes de route.
Les Açores sont beaucoup plus au nord et en plein océan, sur la trajectoire des perturbations atlantiques. Le climat y est océanique et remarquablement stable en température — les écarts annuels sont faibles — mais très instable au jour le jour. Une même journée peut offrir quatre régimes de temps, et cette variabilité augmente en automne. C’est un fait à accepter plutôt qu’à contourner.
Madère en octobre et novembre, semaine par semaine
La première quinzaine d’octobre ressemble encore à la fin de l’été : journées longues, mer chaude, ciel souvent dégagé sur le sud, et une fréquentation qui décroît sans avoir disparu. C’est probablement la meilleure fenêtre de l’année pour combiner randonnée et baignade.
La seconde quinzaine amène les premières perturbations. Elles arrivent par le nord-ouest, se bloquent sur les crêtes et arrosent le versant nord tandis que Funchal reste au sec. Les journées restent chaudes, les nuits descendent vers dix-sept ou dix-huit degrés sur la côte, nettement moins en altitude.
Novembre est plus contrasté. La pluie s’installe par épisodes de deux ou trois jours, entrecoupés de fenêtres claires très lumineuses. Les hauteurs peuvent être dans le nuage plusieurs jours d’affilée, et l’altitude change tout : à mille huit cents mètres, il fait dix degrés de moins qu’à Funchal, avec du vent. Une veste coupe-vent et une polaire ne sont pas une précaution excessive, elles sont indispensables.
Les Açores à la même période, île par île

São Miguel, la plus grande et la mieux desservie, garde un programme complet jusqu’à la fin novembre : les lacs de Sete Cidades et de Fogo, la vallée thermale de Furnas, les plantations de thé de la côte nord et les sources chaudes se pratiquent par tous les temps. C’est l’île à privilégier si le séjour est court ou s’il est tardif dans la saison.
Pico et Faial forment un couple qui se visite ensemble, séparé par un canal traversé en ferry. L’ascension du volcan, point culminant du Portugal à un peu plus de deux mille trois cents mètres, reste possible en octobre mais dépend entièrement de la fenêtre météorologique et impose une inscription préalable ainsi qu’un encadrement. En novembre, le nombre de jours praticables chute.
Terceira offre une ville portuaire classée, des grottes volcaniques et un relief plus doux, donc moins dépendant du plafond nuageux. Flores et Corvo, les plus occidentales, sont magnifiques et mal desservies : à cette période, les liaisons y sont réduites et une annulation peut coûter trois jours. Elles se réservent à la belle saison, pas à l’automne.
Ce que Madère et les Açores en automne permettent de faire
La liste des activités réellement praticables se resserre, mais moins qu’on ne le croit. À Madère, la randonnée reste la colonne vertébrale du séjour, et l’automne lui est favorable : moins de chaleur, moins de monde, et une lumière rasante qui transforme les crêtes.
Aux Açores, le programme terrestre est intact : cratères, lacs, sources thermales, villages, caves viticoles de Pico et son paysage de murets de lave classé. Le programme maritime, lui, devient conditionnel. Les sorties d’observation des cétacés continuent — plusieurs espèces sont présentes toute l’année dans ces eaux —, mais le taux d’annulation pour cause de mer formée augmente nettement à partir de la mi-novembre.
La baignade reste possible sur les deux archipels, dans les piscines naturelles de lave plutôt que dans les baies exposées. La plongée aussi, avec les mêmes réserves liées à la houle. Un séjour d’automne bien construit met le terrestre au programme et traite le nautique comme un bonus. L’inverse produit des journées perdues, ce que notre analyse des destinations à l’écart des foules observe sur beaucoup d’îles atlantiques.
Les levadas : praticabilité, fermetures, autorisation

Les levadas sont ce réseau de canaux d’irrigation creusés à flanc de montagne à partir du seizième siècle, bordés d’un sentier de service, qui font l’originalité de la randonnée madérienne. Elles traversent des forêts de lauriers, des tunnels et des versants vertigineux, souvent à plat, ce qui les rend accessibles à un large public.
Trois points changent en automne. Les pluies rendent les sentiers glissants et peuvent provoquer des chutes de pierres, ce qui entraîne des fermetures temporaires de certains parcours, parfois du jour au lendemain. Les tunnels, nombreux, exigent une lampe frontale et deviennent franchement humides. Enfin, la brume peut supprimer l’intérêt panoramique d’un itinéraire choisi pour sa vue.
Sur le plan pratique, une partie des sentiers balisés est soumise à un titre d’accès payant à acheter en amont, et la liste des parcours ouverts évolue au fil des travaux et des intempéries. La vérification se fait la veille, pas au moment de réserver le séjour. Un guide local vaut son prix en novembre, non pour l’orientation mais pour le choix de l’itinéraire du jour.
Une hiérarchie simple aide à composer les journées. Les parcours de fond de vallée et de forêt, comme ceux qui mènent aux cascades du secteur de Rabaçal, restent beaux sous la pluie et supportent la brume. Les parcours de crête, en revanche, ne valent que par ciel dégagé : les entreprendre dans le nuage revient à marcher trois heures dans du coton. Garder les seconds pour la première belle matinée annoncée et les premiers pour les jours douteux transforme complètement le rendement d’une semaine.
L’hébergement haut de gamme ouvert à cette période
À Madère, l’hôtellerie fonctionne toute l’année et c’est l’un des principaux arguments de l’île. Funchal concentre l’offre : palaces historiques dominant la baie, maisons de quarante à quatre-vingts chambres sur les falaises du secteur ouest, et quelques quintas anciennes transformées en hôtels de charme dans les hauteurs, avec jardins.
Le versant nord et l’intérieur proposent des maisons plus petites, souvent d’une dizaine de chambres, remarquablement situées et parfois fermées entre novembre et février. Porto Santo, l’île voisine avec sa longue plage de sable, tourne au ralenti hors saison et n’a d’intérêt qu’en été.
Aux Açores, l’offre haut de gamme est plus récente et plus rare. São Miguel dispose de plusieurs maisons de bon niveau, dont des adresses de bord de mer et des hôtels installés dans d’anciennes propriétés thermales. Pico, Faial et Terceira proposent des maisons de caractère de dix à vingt-cinq chambres, avec un service chaleureux et des équipes réduites. Il ne faut pas y attendre le fonctionnement d’un resort international, mais la localisation compense largement, comme le montrent nos repères sur les hôtels de caractère et éco-lodges.
Les liaisons aériennes à surveiller
| Trajet | Fréquence hors saison | Ce qui coince |
|---|---|---|
| Europe continentale vers Funchal | Quotidienne depuis Lisbonne et plusieurs capitales | Vent sur l’aéroport, déroutements possibles |
| Lisbonne vers Ponta Delgada | Plusieurs vols par jour | Peu de risques, sauf brouillard |
| Funchal vers Ponta Delgada | Liaison directe irrégulière selon les saisons | Souvent un passage par le continent |
| Vols entre îles açoriennes | Réduite en automne, parfois un vol par jour | Une annulation décale tout le programme |
| Ferries interîles | Service d’hiver très réduit | Suspension fréquente par mer formée |
| Funchal vers Porto Santo | Vol court et liaison maritime | Traversée annulée par houle |
Une règle en découle, et elle vaut pour les deux archipels : ne jamais faire dépendre un vol de retour intercontinental d’un vol interîles pris le même jour. La nuit d’escale sur l’île principale n’est pas une précaution excessive en automne, c’est le prix normal de la tranquillité.
Deux détails supplémentaires méritent d’être vérifiés au moment de composer le trajet. Le premier est la franchise bagages des vols interîles, souvent plus restrictive que celle du vol continental, ce qui surprend les voyageurs qui arrivent avec un bagage de soute complet. Le second est la nature du contrat : un vol interîles acheté séparément ne crée aucune obligation d’acheminement en cas de retard du vol précédent, alors qu’un billet unique émis sur un même dossier ouvre une prise en charge. Sur des liaisons à une fréquence quotidienne, l’écart entre les deux situations se compte en jours, pas en heures.
Le vent de Funchal et les déroutements
L’aéroport de Madère est installé sur une plateforme construite en surplomb de la mer, dans un secteur exposé aux vents de sud-est et aux turbulences engendrées par le relief. Sa réputation est méritée : les approches y sont exigeantes et les équipages doivent y être spécifiquement formés.
La conséquence pour le voyageur est simple. En cas de vent fort, un appareil peut effectuer une ou deux tentatives puis se dérouter, généralement vers Porto Santo ou vers les Canaries, et les passagers rejoignent ensuite Madère par bateau ou par un vol ultérieur. Ces épisodes ne sont pas rares en automne et en hiver, ils se comptent en dizaines d’occurrences par saison.
Deux précautions suffisent. Prévoir une marge d’une journée entre l’arrivée et tout engagement ferme, et éviter le dernier vol de la journée à l’aller, qui laisse le moins de solutions en cas de déroutement. Rien de tout cela ne doit dissuader de venir : le taux de vols aboutis reste très élevé, mais la marge de manœuvre est faible quand la chose se produit.
Fréquentation, tarifs et ce que l’on gagne vraiment
Ce que l’automne apporte se mesure d’abord en places disponibles. Les meilleures tables se réservent à quelques jours, les sentiers les plus fréquentés redeviennent praticables, les points de vue se photographient sans attendre son tour, et le stationnement cesse d’être un sujet à Funchal comme à Sete Cidades.
Sur les tarifs, l’écart existe mais il est plus modeste qu’ailleurs, précisément parce que ces destinations n’ont pas de véritable morte-saison. Compter un décalage sensible par rapport aux mois d’été et à la période de fin d’année, sans commune mesure avec ce que l’on observe en Méditerranée entre août et novembre.
Deux exceptions à connaître. La période de la Saint-Sylvestre à Funchal est l’une des plus demandées de l’année et se réserve très en avance, avec des minimums de nuits et des tarifs de haute saison. Et les ponts de la fin octobre et du début novembre remplissent les hôtels de São Miguel pour quelques jours. Nos observations sur les destinations discrètes et haut de gamme retrouvent partout ce même effet de calendrier.
Ce qui ne fonctionne pas en automne
Trois programmes doivent être écartés. Le séjour balnéaire pur, d’abord : ni Madère ni les Açores ne sont des destinations de plage, et l’automne accentue le problème. Ceux qui veulent du sable doivent viser Porto Santo, et en été.
Ensuite, les îles açoriennes les plus occidentales, dont la desserte devient trop fragile pour un séjour court. Un programme qui inclut Flores en novembre a une probabilité réelle de perdre deux jours en attente de vol, et il n’existe pas de solution de repli rapide.
Enfin, tout itinéraire qui enchaîne trois îles açoriennes en une semaine. C’est déjà tendu en été ; en automne, entre les vols réduits et les ferries suspendus, cela revient à construire un programme sur une hypothèse. Deux îles, avec une nuit tampon avant le retour, est le format qui tient. La méthode générale de construction d’un tel séjour est détaillée dans notre approche des itinéraires sur mesure.
Questions fréquentes
Faut-il choisir Madère ou les Açores pour un premier séjour d’automne ?
Madère, sans hésiter. Le climat y est plus fiable à cette période, l’hôtellerie plus dense et ouverte toute l’année, et une seule île suffit à remplir une semaine sans dépendre d’un vol interne. Les Açores récompensent davantage un voyageur qui accepte l’aléa.
Peut-on observer des cétacés en octobre et en novembre ?
Oui, plusieurs espèces fréquentent ces eaux toute l’année, et des sorties sont organisées hors saison. Le taux de sorties annulées pour cause de mer formée augmente cependant, et il faut prévoir plusieurs créneaux dans le séjour plutôt qu’un seul.
Combien de jours prévoir pour chaque archipel ?
Cinq à sept nuits à Madère permettent de couvrir les deux versants et les principaux sommets sans course. Aux Açores, compter au minimum quatre nuits par île, et ajouter systématiquement une nuit tampon sur l’île du vol de retour.
Que faut-il emporter à cette période ?
Des chaussures de randonnée à semelle crantée, une veste imperméable et respirante, une polaire pour l’altitude, une lampe frontale pour les tunnels des levadas, et un maillot de bain qui servira dans les piscines naturelles et les sources thermales.
Louer une voiture est-il nécessaire ?
Sur les deux archipels, oui, sauf séjour entièrement organisé avec chauffeur. Les routes de Madère sont étroites, très pentues et souvent en lacets ; celles des Açores sont plus faciles mais les distances y sont trompeuses en raison du relief et de la brume.
L’automne atlantique demande une seule concession : accepter que le programme se décide la veille au soir, en regardant le ciel et les prévisions, plutôt que trois mois plus tôt sur une carte. C’est précisément ce que la haute saison ne permet plus.








