À Boukhara, en plein mois d’août, il fait quarante degrés à seize heures et les cours des medersas restent vides jusqu’au coucher du soleil. Fin septembre, il en reste une vingtaine, les nuits descendent vers quinze, et la vieille ville se parcourt à pied à n’importe quelle heure. Entre les deux, six semaines.
C’est ce décalage qui fait l’intérêt de la fin d’été sur cette partie de l’Asie centrale. La chaleur retombe sur les plaines ouzbèkes pendant que la montagne kirghize reste encore praticable. Les deux fenêtres se recouvrent en septembre, et elles ne se recouvrent qu’en septembre.
Reste à savoir ce que cela suppose : quel découpage les distances autorisent réellement, ce que l’hébergement haut de gamme recouvre d’une étape à l’autre, et à partir de quelle date une partie du programme n’est tout simplement plus disponible.
Cinq repères avant de bloquer les dates
- Fenêtre utile : du 5 au 30 septembre. Avant, la plaine reste lourde l’après-midi ; après, les cols kirghizes commencent à se fermer.
- Découpage tenable : douze à quinze nuits pour les deux pays, dont quatre à six sur le versant kirghize.
- Le poste qui décide : le train ouzbek. Les places des rames rapides partent plusieurs semaines à l’avance et il n’existe pas de solution de repli équivalente.
- Hébergement : standard international à Tachkent et à Samarcande, maisons de dix à vingt chambres à Boukhara et à Khiva, camps de toile au-delà.
- Date limite : les camps d’altitude ferment entre la fin septembre et les tout premiers jours d’octobre, sans préavis dès qu’il neige.
La fenêtre climatique, du 1er au 30 septembre
Sur les plaines ouzbèkes, la première semaine ressemble encore à l’été : trente-trois à trente-six degrés l’après-midi à Boukhara et à Khiva, un air très sec, une amplitude forte entre le jour et la nuit. À partir du 15, l’après-midi passe sous les trente. La dernière semaine tourne autour de vingt-cinq, avec des nuits à douze ou treize. La pluie reste rare tout le mois.
Samarcande, posée à sept cents mètres d’altitude, gagne deux à trois degrés de fraîcheur sur Boukhara à date égale. Tachkent se comporte comme Samarcande. C’est peu sur un relevé, c’est beaucoup sur une journée de marche entre quatre monuments.
Le versant kirghize fonctionne à l’inverse. Bichkek reste douce, le lac Issyk-Koul garde une eau tiède jusqu’à la mi-septembre, mais les pâturages d’altitude, autour de trois mille mètres, plafonnent à dix ou quinze degrés le jour et passent sous zéro la nuit dès la deuxième quinzaine. Les premières neiges sur les cols sont possibles à partir de la troisième semaine.
La conséquence pratique est simple et rarement appliquée : commencer par la montagne, finir par la plaine. Un itinéraire qui attaque le Kirghizistan au début du mois et redescend en Ouzbékistan à la fin profite des deux extrémités de la fenêtre. Fait dans l’autre sens, il cumule la chaleur résiduelle et le froid précoce.
Ce que les deux fêtes nationales changent au calendrier
Le Kirghizistan célèbre son indépendance le 31 août, l’Ouzbékistan le 1er septembre. Les deux dates tombent donc au tournant exact du mois, et elles ne se contentent pas d’un jour férié.
À Tachkent, la période s’accompagne de répétitions, de fermetures de voies dans le centre, de contrôles renforcés et d’un accès restreint à certains espaces publics. Une partie des musées ferme, l’hôtellerie de la capitale se remplit d’une clientèle officielle, et les vols intérieurs de la première semaine sont chargés.
Le calcul est vite fait : arriver le 3 ou le 4 septembre plutôt que le 30 août évite l’ensemble du problème sans rien coûter au reste du programme. Ceux qui tiennent à voir la ville en fête doivent en revanche réserver leurs nuits de Tachkent bien avant l’été.
Un voyage en Ouzbékistan en septembre, étape par étape
Le découpage qui fonctionne tient en cinq points d’ancrage. Tachkent d’abord, une ou deux nuits, le temps d’absorber le décalage horaire et de voir le marché de Tchorsou et le bazar ancien plutôt que les avenues soviétiques.
Samarcande ensuite, trois nuits au minimum. Le Régistan se visite deux fois, tôt le matin pour la lumière et le calme, puis à la nuit tombée. Le Chah-e-Zindeh mérite une entrée à l’ouverture, avant les groupes. Gour-Emir se contente d’une heure. Une excursion vers Chakhrisabz, de l’autre côté du col de Takhtakaracha, occupe une journée entière et récompense surtout ceux qui aiment les ruines monumentales.
Boukhara demande trois nuits également, mais pour une raison différente : la ville se vit plutôt qu’elle ne se visite. Le Poï-Kalon, l’Ark et le bassin de Liabi-Haouz se font en une matinée ; le reste du séjour se passe dans les ruelles, les ateliers et les coupoles marchandes.
Khiva enfin, deux nuits. L’enceinte d’Itchan Kala est petite, entièrement piétonne, et devient un tout autre endroit une fois les autocars repartis vers dix-sept heures. Ceux qui poussent jusqu’à Noukous y trouvent une collection d’art russe et d’avant-garde constituée dans les années soixante, aussi improbable que réputée. Notre sélection de destinations peu desservies revient régulièrement sur ce genre d’étape.
Les temps de trajet, train et route
| Étape | Mode | Durée | Ce qui coince |
|---|---|---|---|
| Tachkent – Samarcande | Rame rapide | Environ 2 h | Places limitées, ouverture des ventes quelques semaines avant |
| Samarcande – Chakhrisabz | Route, col de Takhtakaracha | 1 h 30 à 2 h | Lacets, camions, retour tardif |
| Samarcande – Boukhara | Rame rapide | Environ 1 h 30 | Deux à trois circulations par jour |
| Boukhara – Khiva | Train | Environ 6 h | Horaires variables selon la saison |
| Boukhara – Khiva | Route par le Kyzylkoum | 6 h à 7 h | Désert, très peu d’arrêts, chaleur en début de mois |
| Khiva – Noukous | Route | 2 h 30 | Aucun intérêt paysager, à faire tôt |
| Tachkent – Ourguentch | Vol intérieur | 1 h 40 | Franchise bagages réduite, horaires matinaux |
Une seule règle en découle : les rames rapides se réservent avant tout le reste. Elles conditionnent l’ordre des étapes, le nombre de nuits par ville et jusqu’au choix des hôtels. Un itinéraire construit d’abord sur les hôtels puis ajusté sur les trains finit toujours par une journée de route de six heures qui n’était pas prévue.
Passer au Kirghizistan sans perdre deux jours
Deux solutions coexistent, et l’écart entre les deux se compte en journées entières. La première est le vol direct entre Tachkent et Bichkek, un peu plus d’une heure de vol, avec des fréquences limitées et des horaires qui changent d’une saison à l’autre. C’est la solution des séjours courts.
La seconde passe par la vallée de Ferghana et le poste frontière proche d’Andijan, puis Och. Le franchissement se fait à pied, avec changement de véhicule de part et d’autre, et il faut compter une attente qui n’est jamais nulle. De Och, un vol intérieur rejoint Bichkek en moins d’une heure. Cette variante ajoute au moins deux jours mais elle traverse une région que personne ne visite.
Dans les deux cas, la journée de transition est une journée perdue pour le programme. Il vaut mieux l’assumer et poser une nuit d’arrivée sans rien prévoir que d’enchaîner sur une route de montagne le soir même.
L’hébergement haut de gamme : ce qui existe vraiment

À Tachkent, plusieurs enseignes internationales sont installées, dont un Hyatt Regency et un Hilton, avec le standard prévisible qui va avec : salles de bains conformes, personnel anglophone, climatisation qui fonctionne, service en chambre tardif. C’est le seul endroit du parcours où l’on retrouve exactement ce que l’on connaît ailleurs.
À Samarcande, un vaste complexe hôtelier ouvert en 2022 à l’est de la ville, autour d’un plan d’eau artificiel, regroupe plusieurs marques internationales et une gare dédiée. Il est confortable, un peu hors sol, et à vingt minutes des monuments. Les maisons plus petites installées près du Régistan offrent l’inverse : la localisation contre le niveau de service.
À Boukhara et à Khiva, le haut de gamme est une affaire de demeures de marchands restaurées, dix à vingt chambres, cours intérieures, escaliers étroits, pas d’ascenseur. La décoration est souvent superbe. Les équipes sont chaleureuses et peu nombreuses. La climatisation est efficace et bruyante. Le petit-déjeuner est bon, le dîner rarement mémorable.
Au Kirghizistan, Bichkek compte quelques adresses au standard international. Au-delà de la capitale et de la rive nord d’Issyk-Koul, on entre dans le monde des maisons d’hôtes et des camps, et le mot confort change de définition. Ce n’est pas un défaut du pays, c’est la réalité de son marché.
Ce qu’une maison de dix chambres peut et ne peut pas
Une petite maison n’a pas de catégories homogènes. Dans un bâtiment ancien réhabilité, deux chambres du même tarif peuvent différer de dix mètres carrés, d’une fenêtre sur cour ou sur rue, et d’un plafond haut ou bas. La bonne question à poser n’est pas la catégorie mais la référence exacte de la chambre attribuée.
Ce qu’une maison de cette taille ne peut pas faire tient à l’effectif. Pas de service en chambre en continu, pas de blanchisserie rendue dans la journée, pas de plan de secours si un équipement tombe en panne un vendredi soir. Une seconde chambre correcte vaut mieux qu’une suite dans un établissement qui n’a pas les équipes pour la servir.
Deux points méritent d’être vérifiés avant de réserver : le nombre de marches entre l’entrée et la chambre, et la présence d’une cour à ciel ouvert traversée par le passage vers le petit-déjeuner. La première question relève de la mobilité, la seconde des rares averses de fin de mois.
Les camps de yourtes, et la date où ils ferment

Les grands lieux de campement kirghizes se ressemblent dans leur fonctionnement. À Song-Köl, sur un plateau à un peu plus de trois mille mètres, l’accès demande le franchissement de cols et un véhicule tout-terrain sur la dernière portion, six à sept heures depuis Bichkek. À Tach Rabat, au fond d’une vallée qui mène vers la frontière chinoise, un caravansérail de pierre ancien tient lieu de décor.
Le confort standard est celui-ci : une yourte partagée à quatre ou cinq couchages, un poêle à bois allumé le soir, des sanitaires communs, une électricité limitée à quelques heures de groupe électrogène, et un repas collectif servi à heure fixe. Les nuits sont froides et la literie tient chaud. C’est rustique, propre, et à peu près sans alternative.
Il existe des campements montés spécialement pour un groupe privé, avec lits individuels, tentes-salles de bains et eau chauffée. Ils coûtent cher, se réservent au printemps pour la saison suivante, et n’existent que sur quelques sites. Ceux qui cherchent ce type de formule liront aussi nos pages sur les séjours en pleine nature avec services dédiés.
La date de fermeture, elle, ne se négocie pas. Les familles qui tiennent les camps redescendent avec leurs troupeaux entre la fin septembre et les premiers jours d’octobre. Une chute de neige avance ce calendrier de deux semaines sans que personne ne soit prévenu. Après cette date, l’étape se remplace par une maison d’hôtes en vallée.
Formalités, argent, guides : les points qui coincent
Les ressortissants français entrent sans visa dans les deux pays pour un séjour touristique, avec des durées autorisées différentes et un passeport dont la validité doit dépasser celle du séjour. Ces régimes évoluent, et la seule source à consulter avant de partir reste la fiche officielle du ministère des Affaires étrangères, mise à jour au fil des décisions.
En Ouzbékistan, chaque établissement remet un justificatif d’enregistrement pour les nuits passées chez lui. Ces papiers se conservent jusqu’à la sortie du territoire, même si les contrôles se sont beaucoup allégés. Une nuit passée hors établissement, dans un train de nuit par exemple, se justifie avec le billet.
Côté argent, les cartes fonctionnent dans les grands hôtels de Tachkent et de Samarcande, plus rarement ailleurs. Il faut prévoir des espèces et des coupures en bon état pour le change. Au Kirghizistan, Bichkek accepte la carte à peu près partout, la montagne nulle part.
Dernier point, le plus contraignant : les guides francophones sont peu nombreux sur les deux pays. Pour septembre, ils sont réservés au printemps. Un guide anglophone excellent vaut mieux qu’un francophone médiocre recruté en urgence, et cet arbitrage se pose plus souvent qu’on ne le croit.
Eau, altitude, table : les précautions qui suffisent
L’eau se boit en bouteille, y compris pour le brossage des dents dans les petites villes. Les crudités rincées à l’eau du robinet sont le seul vrai risque de la table ouzbèke ; le reste, plov, brochettes, pains cuits au tandir, soupes, ne pose aucun problème. Le thé se boit toute la journée et il vaut mieux s’y mettre.
L’altitude demande plus d’attention que la nourriture. Passer de huit cents mètres à trois mille en une journée de route provoque chez certains des maux de tête et un sommeil haché. La parade tient en trois gestes : une nuit intermédiaire vers deux mille mètres quand l’itinéraire le permet, aucun effort le premier soir, et beaucoup d’eau. Toute personne suivant un traitement cardiaque ou respiratoire prend l’avis de son médecin avant de valider une nuit à cette altitude, et emporte son ordonnance.
L’amplitude thermique, enfin, se gère en couches. Une journée de septembre peut passer de zéro degré au réveil sous la yourte à vingt-cinq l’après-midi dans la vallée. Une doudoune fine, une polaire et un coupe-vent règlent la question mieux qu’un gros manteau.
Questions fréquentes
Peut-on encore se baigner dans le lac Issyk-Koul en septembre ?
Oui pendant la première quinzaine, l’eau restant tiède après l’été. Passé le 20, la baignade devient une affaire de tempérament et les plages de la rive nord se vident. Les hôtels du bord de lac ferment progressivement à partir de la fin du mois.
Faut-il vraiment quinze jours pour les deux pays ?
Douze nuits constituent le minimum honnête si l’on veut voir les quatre villes ouzbèkes et monter une fois en altitude au Kirghizistan. En dessous, il faut renoncer soit à Khiva, soit à la montagne. Un voyage en Ouzbékistan seul tient très bien en huit à dix nuits.
L’itinéraire ouzbek peut-il se faire uniquement en train ?
Presque. Tachkent, Samarcande, Boukhara et Khiva sont reliées par le rail. Il reste les excursions latérales, Chakhrisabz et Noukous notamment, qui se font par la route. Une voiture avec chauffeur pour deux journées suffit à compléter le dispositif.
Le confort des camps d’altitude convient-il à tout le monde ?
Non, et cela vaut la peine d’être dit avant de réserver. Sanitaires partagés, nuits froides, aucune intimité et pas de réseau : c’est une expérience forte pour certains et une épreuve pour d’autres. Une nuit unique en camp, encadrée par des étapes confortables, satisfait la majorité des voyageurs.
Septembre est-il une période chargée ?
C’est la meilleure saison de l’année sur les deux pays, donc oui. Les sites de Samarcande et de Boukhara reçoivent des groupes toute la journée, et les meilleures chambres des petites maisons partent tôt. La fréquentation reste toutefois sans commune mesure avec celle des grandes destinations méditerranéennes à la même période.
Un itinéraire de septembre sur la route de la soie se construit dans cet ordre : les trains, puis les camps, puis les hôtels, puis les guides. Pris à l’envers, il produit un beau programme sur le papier et deux journées de route imprévues sur place. Nos séjours immersifs reposent tous sur le même principe : caler d’abord ce qui ne se déplace pas.








